La pasteurisation à la chaux
C‘est probablement la méthode la plus surprenante en myciculture — et l’une des plus efficaces. Pas de chaleur, pas de générateur vapeur, pas de cocotte-minute. Juste de l’eau, de la chaux hydratée en poudre, et du temps. La pasteurisation à la chaux repose sur un principe chimique simple : un pH extrêmement élevé détruit les contaminants presque aussi efficacement que la chaleur — sans consommer un seul watt. Pour les pellets de paille, c’est une méthode de choix, accessible dès le premier jour et redoutablement fiable quand elle est bien exécutée.

Comment ça fonctionne — la chimie derrière la chaux
La chaux hydratée — Ca(OH)₂, aussi appelée chaux éteinte ou chaux en poudre — se dissout dans l’eau pour créer une solution fortement basique, avec un pH autour de 12. À ce niveau, la quasi-totalité des bactéries, levures et moisissures pathogènes ne peuvent tout simplement pas survivre. Leurs membranes cellulaires se dégradent, leurs enzymes sont dénaturées.
Ce qui rend cette méthode particulièrement intéressante : elle agit à froid, sans aucune source de chaleur. Le substrat trempe dans la solution alcaline pendant plusieurs heures, le temps que le pH élevé fasse son travail en profondeur.
Contrairement à la pasteurisation vapeur qui exige un équipement, un suivi de température et de l’énergie, la chaux ne demande qu’un récipient, de l’eau du robinet et une balance. C’est aussi pour cette raison qu’elle s’impose naturellement dans les productions à grande échelle où pasteuriser des centaines de kilos de paille à la vapeur devient logistiquement complexe.
Les pellets de paille — pourquoi c’est le substrat idéal pour cette méthode

La pasteurisation à la chaux fonctionne sur la paille — et les pellets de paille sont encore plus adaptés que la paille longue. Leur structure compressée se réhydrate rapidement au contact de l’eau, leur surface est homogène, et leur densité uniforme facilite une pénétration régulière de la solution alcaline.
Un pellet de paille bien réhydraté dans une solution de chaux absorbe la solution basique jusqu’au cœur — ce qui n’est pas toujours le cas avec de la paille longue en bottes, où des zones sèches peuvent subsister.
Le protocole — trois méthodes selon votre substrat
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’existe pas une seule bonne façon de faire — la méthode change selon que vous travaillez avec des pellets compressés ou de la paille en vrac. Et bonne nouvelle : dans la plupart des cas, un simple égouttage suffit, pas besoin de rincer à l’eau claire. Le pH résiduel redescend naturellement une fois le substrat en place, et il aide même à maintenir un léger avantage compétitif pour le mycélium face aux contaminants pendant les premiers jours.
Méthode 1 — Pellets, dosage précis en sac
C’est la méthode la plus simple et la plus reproductible pour les pellets de paille. Comptez 1,7 litre d’eau par kilo de pellets, et ajoutez-y environ 2 g de chaux hydratée par litre d’eau — soit à peu près une cuillère à café rase par litre. Versez le mélange directement dans le sac contenant vos pellets, fermez, et laissez tremper 12 heures.
L’avantage de cette méthode : le dosage précis en eau correspond déjà à l’humidité cible du substrat une fois absorbée. Pas besoin d’égoutter ni de tester avec la poignée — ouvrez le sac après les 12 heures, mélangez le mycélium, et c’est prêt. Attention toutefois : contrairement à un bain suivi d’un égouttage, ici toute l’eau dosée reste dans le substrat — il n’y a pas de marge d’erreur « absorbée » par un rinçage ou un drainage. Respectez le dosage au gramme près plutôt qu’à l’approximation.




Méthode 2 — Pellets, préparation en grand volume
Pour de plus grandes quantités, préparez votre mélange eau + chaux directement dans un grand seau ou une cuve, dans les mêmes proportions (1,7 L d’eau par kg de pellets visé, 2 g de chaux par litre d’eau — environ une cuillère à café rase). Répartissez ensuite dans vos sacs de culture.

Méthode 3 — Paille en vrac
La paille non compressée ne se prête pas au dosage précis des deux méthodes précédentes — sa densité et son absorption sont trop irrégulières. Immergez-la entièrement dans un grand seau d’eau additionnée de chaux, à raison de 6 à 9 g de chaux par litre d’eau cette fois — une concentration plus élevée que pour les méthodes précédentes, car une partie de la solution ne reste pas dans le substrat une fois égoutté. En la maintenant sous l’eau avec un poids si nécessaire, laissez tremper 12 à 18 heures. Égouttez ensuite soigneusement jusqu’à ce qu’une poignée serrée ne laisse perler que quelques gouttes, pas un filet d’eau.
La température ambiante influence légèrement l’efficacité : entre 18 et 25 °C, le protocole est optimal. En dessous de 15 °C, il est préférable d’allonger le temps de trempage à 20–24 heures.
Pour quelles espèces la pasteurisation à la chaux fonctionne-t-elle ?
Cette méthode n’est pas universelle — elle convient à un profil d’espèce bien précis, et le savoir avant de se lancer évite bien des déceptions.
Elle fonctionne particulièrement bien pour les pleurotes agressifs — gris, blanc, jaune, rose, bleu. Ces espèces colonisent vite et tolèrent bien un substrat légèrement alcalin en début de cycle — le pH redescend naturellement avant qu’elles n’en souffrent.
Elle ne convient en revanche pas aux espèces à colonisation lente comme le reishi, le lion’s mane ou le shiitake. Leur croissance plus lente leur laisse moins de marge face au pH élevé, et elles s’accommodent nettement mieux d’un substrat neutre obtenu par pasteurisation vapeur ou stérilisation.
Elle ne convient pas non plus aux substrats enrichis ou supplémentés — dès qu’on ajoute du son de blé, de l’extrait de malt ou du grain, la chaux perd son efficacité et le risque de contamination remonte fortement. Pour ces substrats, la superpasteurisation vapeur (pour une supplémentation modérée et bien maîtrisée) ou la stérilisation vapeur (au-delà) restent les options fiables.
Inoculer après la chaux — ce qu’il faut savoir
La pasteurisation à la chaux, comme la vapeur, ouvre une fenêtre. Inoculez dans les 12 à 24 heures suivant la préparation. Au-delà, les contaminants environnementaux commencent à recoloniser le substrat.
Contrairement à la stérilisation, la pasteurisation à la chaux ne requiert pas de zone de travail stérile — mais un environnement propre, sans courant d’air, avec des mains et des outils désinfectés. Un nettoyage soigneux de votre espace de travail à l’alcool désinfectant à 70° suffit.
Mélangez le mycélium sur grain ou le mycélium liquide uniformément dans le substrat, placez le tout dans votre sac de culture et scellez sans attendre.
- La chaux hydratée (Ca(OH)₂) pasteurise par action chimique à froid — sans chaleur ni équipement électrique
- Pellets : dosage précis de 1,7 L d’eau/kg + 2 g de chaux par litre, trempage 12h, aucun égouttage nécessaire
- Paille en vrac : immersion 12 à 18h (20–24h sous 15 °C) avec 6 à 9 g de chaux par litre — plus concentré car une partie de la solution est évacuée à l’égouttage
- Pas besoin de rincer — le pH résiduel redescend naturellement et protège même le substrat pendant les premiers jours
- Méthode idéale pour les pellets de paille sans supplément — inefficace et à proscrire pour les substrats enrichis
- Inoculer dans les 12 à 24 heures suivant la préparation
La chaux hydratée en poudre est-elle facile à trouver ?
Oui — on la trouve en droguerie, en magasin de bricolage ou de matériaux de construction, souvent sous le nom de « chaux éteinte » ou « chaux hydratée ». Vérifiez qu’il s’agit bien de Ca(OH)₂ et non de chaux vive (CaO), qui est bien plus réactive et inadaptée à cet usage.
Peut-on réutiliser la solution de chaux pour un deuxième batch ?
Non — après trempage, la solution est chargée en matière organique et son pH a chuté. Elle ne garantit plus une pasteurisation efficace. Préparez toujours une solution fraîche pour chaque batch.
Faut-il vraiment rincer le substrat après la chaux ?
Non, dans la grande majorité des cas — c’est même une étape qui ajoute de la manipulation et du risque de contamination pour rien. Le pH résiduel redescend naturellement en séchant, et il aide plutôt le mycélium en défavorisant les contaminants pendant les premiers jours de colonisation.
Conclusion
La pasteurisation à la chaux, c’est l’une de ces méthodes qui surprend par sa simplicité — et qui convainc par ses résultats. Pas d’équipement, pas d’énergie, pas de surveillance : juste un protocole rigoureux et un peu de patience. Pour débuter avec des pellets de paille et des pleurotes, c’est souvent le chemin le plus direct vers une première récolte réussie. Si vous souhaitez aller plus loin dans la préparation de vos substrats, explorez notre guide sur les différents substrats en myciculture — ou découvrez comment la pasteurisation à la vapeur complète cette approche pour les productions plus importantes.
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