Cloner un champignon
Vous avez récolté un pleurote d’une beauté rare, une chair ferme, un chapeau parfaitement formé — et vous vous êtes demandé : est-ce que je peux reproduire exactement ce spécimen ? La réponse est oui. Cloner un champignon, c’est capturer les caractéristiques génétiques d’un fruit exceptionnel pour les reproduire à l’identique, vague après vague. C’est l’une des techniques les plus puissantes du myciculteur avancé — et bien moins sorcier qu’on ne le croit. Pas besoin d’un laboratoire professionnel : avec une boîte de Pétri, un espace de travail propre et un peu de rigueur, vous pouvez cloner un champignon chez vous et constituer une bibliothèque de souches sur-mesure.
Si vous découvrez encore les bases de la myciculture, notre guide complet sur la culture de champignons à la maison vous donnera une vue d’ensemble des grandes étapes avant d’aborder des techniques plus avancées comme le clonage sur agar.

Qu’est-ce que cloner un champignon — et pourquoi le faire ?
Le clonage mycologique consiste à prélever un fragment de tissu vivant à l’intérieur d’un champignon frais, puis à le faire croître sur un milieu nutritif — généralement de l’agar. Ce fragment contient le matériel génétique complet du champignon d’origine : vous obtenez une copie conforme, sans passer par les spores.
C’est fondamentalement différent de la culture classique : avec les spores, vous obtenez une recombinaison génétique aléatoire. Avec le clonage, vous figez les qualités d’un individu précis — vigueur, rapidité de colonisation, forme des fruits, résistance aux contaminations. Le clonage n’est pas une technique isolée : c’est l’une des applications les plus utiles de la culture sur agar, là où l’on apprend à observer, sélectionner et préserver un mycélium sain.
Les bonnes raisons de cloner :
- Préserver un spécimen exceptionnel — croissance rapide, fruits abondants, goût marqué
- Se constituer une banque de souches personnelle sans dépendre d’achats réguliers
- Cloner un champignon sauvage comestible récolté en forêt
- Régénérer une souche qui s’essouffle après plusieurs fructifications
- Expérimenter et sélectionner les individus les plus performants au fil des générations
Ce qu’il vous faut pour cloner un champignon

Le clonage ne requiert pas un équipement de laboratoire sophistiqué. Ce qui compte avant tout, c’est la propreté de l’environnement de travail. Voici le matériel indispensable.
Sans still air box ou hotte à flux laminaire, les risques de contamination augmentent fortement dès les premières manipulations.
Préparer son milieu agar : le MEA (malt extract agar) est le plus utilisé en myciculture — riche en sucres simples, il favorise une croissance rapide du mycélium. Une fois dissous et stérilisé, coulez-le dans vos boîtes de Pétri à environ 4–5 mm de profondeur, puis laissez solidifier. Notre guide sur la culture sur agar détaille chaque étape de la préparation.
La technique de clonage — étape par étape
C’est ici que la rigueur prime sur tout. Chaque mouvement compte, chaque surface non stérile est un risque. Prenez le temps de bien préparer votre espace avant de commencer.
Préparer l’espace de travail
- Nettoyez votre still air box à l’alcool à 70° et laissez reposer 10–15 minutes
- Désinfectez vos mains, vos gants, la surface de travail
- Flambez votre scalpel jusqu’au rouge, puis laissez-le refroidir quelques secondes
- Ne parlez pas, ne toussez pas, ne soufflez pas au-dessus de vos boîtes ouvertes
Prélever le tissu
Coupez votre champignon en deux dans le sens de la longueur. Regardez l’intérieur : vous cherchez le tissu central, entre le pied et le chapeau — c’est la zone la plus stérile, protégée de la contamination externe. À l’aide de votre scalpel flambé, prélevez un petit fragment — même 1 à 2 mm suffisent largement, l’essentiel est qu’il provienne du tissu interne, loin de toute surface externe.
Déposez immédiatement ce fragment au centre de votre boîte de Pétri, face contre le milieu agar. Refermez la boîte sans attendre. Scellez avec du Parafilm.
Incubation et observation
Placez vos boîtes à l’abri de la lumière directe, entre 20 et 25 °C. En 2 à 5 jours selon l’espèce, vous devriez voir le mycélium blanc coloniser le milieu depuis le fragment central. Un mycélium sain est blanc, aérien, et se développe de façon régulière. Un mycélium vert, noir ou orange indique une contamination — éliminez la boîte immédiatement.

Transférer et multiplier votre souche clonée
Une fois votre souche bien colonisée sur agar, il est temps de la multiplier et de l’utiliser. Deux voies principales s’offrent à vous.
Du Pétri vers le grain spawn
La méthode la plus courante consiste à transférer votre clone directement sur du grain stérilisé. Prélevez un carré d’agar colonisé à l’aide de votre scalpel flambé, et introduisez-le dans votre sac de grain via un port d’injection ou en condition stérile. Le mycélium va coloniser le grain en quelques jours, et vous disposerez d’un spawn actif, vigoureux, issu directement de votre clone. Pour tout savoir sur cette étape, consultez notre guide sur le grain spawn.
Vers la culture liquide
L’autre option est de passer par la culture liquide : vous transférez un fragment de votre clone dans un milieu liquide nutritif, ce qui vous permet de produire une grande quantité de mycélium rapidement, facilement injectable dans de nombreux substrats. C’est l’approche idéale si vous souhaitez multiplier une souche à grande échelle. Notre guide sur la culture liquide vous explique comment préparer et utiliser ce milieu pas à pas.
Les erreurs fréquentes — et comment les éviter

Le clonage pardonne peu les approximations. Voici les pièges les plus courants que rencontrent les myciculteurs débutants dans cette pratique.
- Travailler dans un espace non stérile — c’est la cause numéro un d’échec. Sans still air box ou hotte à flux laminaire, la contamination aérienne est presque inévitable.
- Prélever depuis la surface du champignon — l’extérieur est en contact avec l’air, les spores et les bactéries. Toujours aller chercher le tissu interne.
- Utiliser un champignon trop âgé ou abîmé — les tissus sont moins vigoureux, plus sensibles aux infections. Clonez toujours depuis un fruit frais, jeune, sans blessure.
- Ne pas flamber entre chaque prélèvement — un scalpel utilisé deux fois sans stérilisation suffit à contaminer toute une série de boîtes.
- Confondre mycélium et contamination — un duvet blanc léger est bon signe ; tout ce qui est coloré, visqueux ou odorant doit être éliminé sans hésitation.
Si vous rencontrez des difficultés à identifier vos contaminations, notre article Contaminations en myciculture — Identifier et agir vous donnera toutes les clés pour les reconnaître et réagir efficacement.
- Cloner un champignon préserve exactement les caractéristiques d’un spécimen exceptionnel — vigueur, forme, rendement
- Le tissu prélevé doit toujours venir de l’intérieur du champignon — même 1 à 2 mm suffisent, l’essentiel est d’éviter toute surface externe
- La stérilité de l’environnement est le facteur clé — une still air box ou une hotte à flux laminaire est indispensable
- Un clone réussi sur agar peut être transféré en grain spawn ou culture liquide pour produire autant de substrat inoculé que vous le souhaitez
- Étiquetez toujours vos boîtes avec la date, l’espèce et l’origine — votre bibliothèque de souches est un trésor à documenter
Peut-on cloner n’importe quel champignon comestible ?
Oui, la technique fonctionne pour la grande majorité des espèces cultivables : pleurotes, shiitake, hydne hérisson, reishi, et même certains champignons sauvages comestibles récoltés en forêt. Les espèces mycorhiziennes comme le cèpe ou la truffe ne se cultivent pas de cette façon.
Combien de temps peut-on conserver une souche clonée sur agar ?
Au réfrigérateur (4–6 °C), une boîte de Pétri bien scellée peut se conserver plusieurs mois. Pour une conservation longue durée, il vaut mieux passer par des slants — des tubes inclinés avec un milieu appauvri — qui permettent de maintenir une souche viable plus d’un an au froid.
Est-ce qu’un clone se dégrade avec les transferts successifs ?
Oui, avec le temps et les passages répétés, un clone peut perdre en vigueur — c’est ce qu’on appelle la sénescence du mycélium. Pour limiter ce phénomène, travaillez sur des boîtes fraîches, évitez les transferts trop fréquents, et conservez toujours un stock de vos meilleures boîtes de première génération.
Conclusion
Cloner un champignon, c’est passer un cap dans la pratique de la myciculture. Ce n’est plus seulement cultiver — c’est créer, sélectionner, conserver. Chaque boîte de Pétri que vous préparez devient le point de départ d’une lignée que vous contrôlez entièrement. Et ce spécimen exceptionnel que vous avez récolté ? Il peut continuer à fructifier dans votre espace de culture des années durant. La prochaine étape naturelle est d’apprendre à conserver vos souches proprement sur agar, au froid, ou sous forme de slants pour construire une vraie bibliothèque de cultures. Et si vous souhaitez multiplier votre clone après l’avoir stabilisé sur agar, notre guide sur la culture liquide est la lecture complémentaire idéale. Votre prochaine grande récolte mérite peut-être d’être immortalisée. Préparez vos boîtes.
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